Blog
Score Neuraccure et trajectoire de l’EDSS dans la SEP rémittente : ce que nous présentons à l’ECTRIMS 2026
22 octobre 2026
En bref: Dans une étude prospective bicentrique (CHU de Nice, CHU de Saint-Étienne) portant sur 135 patients atteints de sclérose en plaques rémittente sous traitement de haute efficacité, nous montrons qu’un cumul de déficits subtils détectés à l’aide de Neuraccure s’associe à une trajectoire d’EDSS défavorable : une aggravation moyenne de 0,45 point, contre une amélioration moyenne de 0,13 point dans le reste de la cohorte (p=0,036). Ces résultats sont présentés sous la forme d’un poster à l’ECTRIMS 2026 à Toronto.
Pourquoi s’intéresser à l’accumulation de déficits subtils ?
La progression indépendante de l’activité des poussées (PIRA) est aujourd’hui reconnue comme le principal mécanisme d’accumulation du handicap conduisant à la conversion vers une forme secondairement progressive de la sclérose en plaques. Elle n’est cependant pas évaluée en routine, faute de consensus sur sa définition, et repose dans la plupart des études sur le score EDSS, dont les limites sont bien documentées : peu sensible aux changements subtils, elle capture mal de nombreux symptômes invisibles à l’examen, et sa variabilité inter-évaluateur limite sa fiabilité pour un suivi au long cours. Dans un travail prospectif longitudinal, nous avons voulu évaluer si un cumul d’anomalies cliniques subtiles et indétectable à l’oeil nu pouvait constituer un marqueur pronostique de l’évolution vers une forme progressive de maladie.
Design de l’étude
Il s’agit d’une étude prospective, bicentrique, conduite entre mai 2024 et juin 2025 dans deux centres hospitaliers universitaires français (Nice, Saint-Étienne). Cent trente-cinq patients atteints de sclérose en plaques rémittente, traités par anticorps monoclonal anti-CD20 (44,4 %) ou anti-VLA4 (55,6 %), sans poussée ni activité IRM au cours des six mois précédant l’inclusion, ont été inclus (âge moyen 39,7 ans, ratio femmes/hommes 2,4:1, EDSS médian à l’inclusion 1,5). Les patients ont été évalués à l’inclusion (M0) et à six mois (M6) avec Neuraccure, au travers d’une évaluation de quatre fonctions neurologiques: coordination manuelle fine, vision des contrastes, temps de réaction moteur et mouvements oculaires. Chaque fonction a été classée comme normale ou anormale en se basant sur des données publiées dans nos précédents travaux de recherche. Le nombre de fonctions altérées a été exprimé sous la forme d’un score (Score Neuraccure, NS) allant de 0 à 4. L’EDSS a été recueilli à trois temps (initiation du traitement, M0, M6), et l’impression globale de changement perçue par le patient (PGI-C) à M6. En cas d’aggravation confirmée du score Neuraccure entre M0 et M6, une visite de confirmation était prévue à neuf mois (M9).
Que montre la trajectoire de l’EDSS selon le score Neuraccure à l’inclusion ?
À l’inclusion, 25,4 % des patients (n=33) présentaient une altération des quatre fonctions testées (NS=4). Le score Neuraccure à l’inclusion était associé à l’EDSS médian de façon croissante avec la durée de suivi : l’association n’était pas significative au moment de l’initiation du traitement (p=0,183), mais le devenait à l’inclusion (p=0,001) puis se renforçait encore à six mois (p<0,001). Plus spécifiquement, les patients avec un NS à 4 connaissaient une progression moyenne de l’EDSS de 0,45 point entre l’initiation du traitement et l’inclusion, contre -0,13 point dans le reste de la cohorte (p=0,036), une association qui restait significative après ajustement sur l’âge (p=0,002). Parmi ces patients du groupe NS4 à l’inclusion, les six qui conservaient ce niveau altération de manière soutenue à six mois (4,4 % de la cohorte) avaient un EDSS significativement plus élevé que que les autres (4,4 contre 2,3 ; p=0,016), avec une trajectoire de handicap qui répondait à la définition d’une forme secondairement progressive qui n’avait pas encore été reconnue par le clinicien.
Quand l’EDSS ne suffit pas à trancher
Parmi les autres patients, la présence d’une aggravation confirmée du score Neuraccure entre M0 et M6 était associée à une tendance à l’aggravation de l’EDSS qui n’atteignait pas la significativité statistique. Pourtant, l’ensemble de ces patients rapportaient une impression subjective d’aggravation à l’échelle PGI-C, contre seulement 6 % des autres patients (p<0,0001).
Limites et perspectives
Cette étude est exploratoire, sans calcul a priori de taille d’échantillon, et l’ampleur de la progression d’EDSS observée chez les patients à NS=4 reste modeste au regard des seuils habituellement retenus pour une progression cliniquement significative ; un suivi plus long pourrait révéler une progression plus marquée dans ce sous-groupe. Le sous-groupe de six patients répondant aux critères de forme progressive est également restreint et demande à être confirmé sur des effectifs plus larges. Comme pour l’ensemble des indicateurs mesurés par Neuraccure, il s’agit là d’une aide à la décision destinée au neurologue, et non d’un outil de diagnostic autonome : c’est l’interprétation clinique intégrée au contexte global qui reste déterminante.
Neuraccure est un outil d’aide à la décision destiné aux professionnels de santé ; il ne pose pas de diagnostic de manière autonome.
Référence : Hohweiller A, Cohen M, Camdessanche JP, Lebrun-Frenay C. Digital Multidomain Neurological Assessment Identifies Early Disability Accumulation in Relapsing Multiple Sclerosis. ECTRIMS 2026, EP2541
Pourquoi s’intéresser à l’accumulation de déficits subtils ?
La progression indépendante de l’activité des poussées (PIRA) est aujourd’hui reconnue comme le principal mécanisme d’accumulation du handicap conduisant à la conversion vers une forme secondairement progressive de la sclérose en plaques. Elle n’est cependant pas évaluée en routine, faute de consensus sur sa définition, et repose dans la plupart des études sur le score EDSS, dont les limites sont bien documentées : peu sensible aux changements subtils, elle capture mal de nombreux symptômes invisibles à l’examen, et sa variabilité inter-évaluateur limite sa fiabilité pour un suivi au long cours. Dans un travail prospectif longitudinal, nous avons voulu évaluer si un cumul d’anomalies cliniques subtiles et indétectable à l’oeil nu pouvait constituer un marqueur pronostique de l’évolution vers une forme progressive de maladie.
Design de l’étude
Il s’agit d’une étude prospective, bicentrique, conduite entre mai 2024 et juin 2025 dans deux centres hospitaliers universitaires français (Nice, Saint-Étienne). Cent trente-cinq patients atteints de sclérose en plaques rémittente, traités par anticorps monoclonal anti-CD20 (44,4 %) ou anti-VLA4 (55,6 %), sans poussée ni activité IRM au cours des six mois précédant l’inclusion, ont été inclus (âge moyen 39,7 ans, ratio femmes/hommes 2,4:1, EDSS médian à l’inclusion 1,5). Les patients ont été évalués à l’inclusion (M0) et à six mois (M6) avec Neuraccure, au travers d’une évaluation de quatre fonctions neurologiques: coordination manuelle fine, vision des contrastes, temps de réaction moteur et mouvements oculaires. Chaque fonction a été classée comme normale ou anormale en se basant sur des données publiées dans nos précédents travaux de recherche. Le nombre de fonctions altérées a été exprimé sous la forme d’un score (Score Neuraccure, NS) allant de 0 à 4. L’EDSS a été recueilli à trois temps (initiation du traitement, M0, M6), et l’impression globale de changement perçue par le patient (PGI-C) à M6. En cas d’aggravation confirmée du score Neuraccure entre M0 et M6, une visite de confirmation était prévue à neuf mois (M9).
Que montre la trajectoire de l’EDSS selon le score Neuraccure à l’inclusion ?
À l’inclusion, 25,4 % des patients (n=33) présentaient une altération des quatre fonctions testées (NS=4). Le score Neuraccure à l’inclusion était associé à l’EDSS médian de façon croissante avec la durée de suivi : l’association n’était pas significative au moment de l’initiation du traitement (p=0,183), mais le devenait à l’inclusion (p=0,001) puis se renforçait encore à six mois (p<0,001). Plus spécifiquement, les patients avec un NS à 4 connaissaient une progression moyenne de l’EDSS de 0,45 point entre l’initiation du traitement et l’inclusion, contre -0,13 point dans le reste de la cohorte (p=0,036), une association qui restait significative après ajustement sur l’âge (p=0,002). Parmi ces patients du groupe NS4 à l’inclusion, les six qui conservaient ce niveau altération de manière soutenue à six mois (4,4 % de la cohorte) avaient un EDSS significativement plus élevé que que les autres (4,4 contre 2,3 ; p=0,016), avec une trajectoire de handicap qui répondait à la définition d’une forme secondairement progressive qui n’avait pas encore été reconnue par le clinicien.
Quand l’EDSS ne suffit pas à trancher
Parmi les autres patients, la présence d’une aggravation confirmée du score Neuraccure entre M0 et M6 était associée à une tendance à l’aggravation de l’EDSS qui n’atteignait pas la significativité statistique. Pourtant, l’ensemble de ces patients rapportaient une impression subjective d’aggravation à l’échelle PGI-C, contre seulement 6 % des autres patients (p<0,0001).
Limites et perspectives
Cette étude est exploratoire, sans calcul a priori de taille d’échantillon, et l’ampleur de la progression d’EDSS observée chez les patients à NS=4 reste modeste au regard des seuils habituellement retenus pour une progression cliniquement significative ; un suivi plus long pourrait révéler une progression plus marquée dans ce sous-groupe. Le sous-groupe de six patients répondant aux critères de forme progressive est également restreint et demande à être confirmé sur des effectifs plus larges. Comme pour l’ensemble des indicateurs mesurés par Neuraccure, il s’agit là d’une aide à la décision destinée au neurologue, et non d’un outil de diagnostic autonome : c’est l’interprétation clinique intégrée au contexte global qui reste déterminante.
Neuraccure est un outil d’aide à la décision destiné aux professionnels de santé ; il ne pose pas de diagnostic de manière autonome.
Référence : Hohweiller A, Cohen M, Camdessanche JP, Lebrun-Frenay C. Digital Multidomain Neurological Assessment Identifies Early Disability Accumulation in Relapsing Multiple Sclerosis. ECTRIMS 2026, EP2541